FoRUniv rassemble les établissements rennais pour être visible mondialement

Répondant à un appel à projet national, FoRUniv vise à transformer l’enseignement supérieur rennais. Objectif : accroitre la reconnaissance internationale du site. Entretien avec Yvan Lagadeuc et Ronan Sauleau co-porteurs du projet.

La délégation rennaise ForUniv après l'audition lors du passage devant le jury le 22 juin 2016 (de gauche à droite : Olivier Dav
  1. Le projet
  2. La labellisation
  3. Le calendrier de réponse

Le projet

C’est quoi FoRUniv ?
Yvan Lagadeuc : C’est un projet qui vise à offrir à la métropole rennaise une université visible internationalement. Il rassemble l’ensemble des établissements, avec pour vocation de jouer un rôle accru dans la société. Concrètement cela veut dire créer de la connaissance et la diffuser vers nos étudiants, mais aussi vers les entreprises. L’objectif est qu’il y ait un tissu économique qui puisse mieux développer en partenariat avec FoRUniv. Et réciproquement que ce tissu économique soit aussi la source d’un développement académique. On cherche ainsi à créer une masse critique qui nous permet d’exister, d’être reconnu. L’enseignement supérieur bouge à l’échelle planétaire, il faut donc entamer une mutation.

Cela concerne des thématiques en particulier ?
YL : Pour pouvoir exister il faut que nous définissions notre identité. Nous avons identifié 2 grands axes que sont le numérique et l’environnement. Pour le premier, nous avons des forces de recherche et de partenariat. Il y a en effet 23 000 personnes qui travaillent dans ce domaine dans la métropole.
Pour le 2ème axe il comprend les sciences de la terre, l’écologie et l’agro-écologie, tout ce qui touche à l’environnement mais aussi à l’agriculture. Là aussi nous avons des forces académiques et une demande sociétale qui est très forte. La Bretagne se positionne en effet comme la première région de France voire d’Europe dans ce domaine là.

 

Trouver le juste curseur entre autonomie des établissements et marque globale.

 

Qu’est ce que ce projet va changer pour les établissements ?
YL : La question est de savoir ce qu’on va pouvoir faire de mieux et comment on peut mieux travailler entre nos établissements. Il faut donc se poser la question de l’organisation pour être efficace en termes de recherche, de formation et de partenariats. Il y a différents modèles possibles mais rien n’est arrêté à ce stade. Le jury qui devra valider ou non le projet ne s’intéresse de toute façon pas à la structure administrative.

Le but est-il de se rapprocher du modèle des Universités anglo-saxonnes, avec une seule entrée ?
YL : Pour simplifier oui cela peut correspondre effectivement à cela. Mais le constat que nous faisons c’est que les  « marques » sont intéressantes. Les références des écoles et leurs façons de travailler font qu’il y a une complémentarité et une diversité qui est utile.
Quand vous allez à Harvard, vous avez le département des juristes ou celui des économistes qui sont bien connus. Ils ont leur autonomie, leur marque. Mais il y a aussi une marque globale qui s’appelle Harvard. C’est la même chose à Cambridge avec encore plus d’autonomie entre les différents départements.
C’est bien de ne donner qu’une entrée, mais le risque c’est de noyer les spécificités. Il faut donc trouver le juste curseur entre autonomie et marque globale.
 

La labellisation

Ce projet vise aussi à répondre à un appel d’offre de l’État. En quoi consiste l’obtention de ce label ?
Ronan Sauleau : Le label est extrêmement important, c’est le cadre de l’appel à projet. Ce dernier nous demande explicitement d’identifier des thématiques, avec la nécessité d’entrainer toutes les communautés locales à moyen terme.
Plus globalement il s’agit de la transformation de l’enseignement supérieur et de la recherche sur des sites métropolitains. Il y a aujourd’hui une multiplicité de structures, parfois peu compréhensibles, peu visibles, peu attractives. ForUniv a vocation à transformer et simplifier l’enseignement supérieur et la recherche sur le site rennais.
Pourquoi répondre à cet appel à projet ?
RS : On est aujourd’hui dans une phase de compétition, mais aussi de classement et de visibilité des sites universitaires. Si Rennes veut rester dans cette course là, il convient de réfléchir à de nouvelles manières de travailler, pour être plus attractif, plus efficace et plus visible. Ce type d’appel à projet est une opportunité majeure qui doit tous nous mobiliser, acteurs de l’ESR et partenaires, pour sortir gagnants.

 

A la clé, des fonds pour réaliser notre mutation.

 

YL : L’enseignement supérieur et la recherche sont en pleine mutation. Elle est nécessaire et on sait qu’on doit la réaliser. L’avantage de cet appel à projet c’est qu’il y a des fonds à la clé pour la mettre en place. Si on ne gagne pas, ce qui risque d’arriver, c’est de devoir faire cette mutation, pour pouvoir continuer à exister, mais avec beaucoup moins de moyens. Ça serait alors compliqué car il y a besoin de lancer des projets, d’avoir des moyens supplémentaires. Car ce n’est pas avec les moyens récurrents dont nous disposons que nous pouvons travailler actuellement.

L’enjeu est donc aussi d’aller chercher plus de fonds ?
RS : Il y a en effet l’intérêt de bénéficier des fonds qui viennent du programme d’investissement d’avenir. Mais il y a aussi l’effet d’entrainement et l’effet levier qui y sont associés. Ce seront aussi des fonds qui émanent du monde socio-économique et des collectivités. C’est un projet stratégique pour la métropole, pas que pour l’enseignement supérieur et la recherche.
 

Le calendrier de réponse

Où en est le projet actuellement ?
YL : On arrive à la fin de la 2ème phase, celle d’un dépôt de dossier de sélection. Elle se terminera le 29/11. Nous sommes donc en train de produire des documents pour montrer comment nous travaillons, et comment nous travaillerons encore avec les entreprises dans des secteurs bien définis. Il s’agit de préciser quel projet nous allons pouvoir développer. Même chose dans la formation et les projets d’innovation pédagogique. De façon plus concrète que dans la première partie de la sélection, où nous écrivions une trajectoire globale, là nous montrons que cette trajectoire s’appuie sur des faits, des actes et des projets qui vont se mettre en place dès 2017. Nous passerons avant cela un oral de sélection devant un jury international, dans la semaine du 20 février 2017.

Qu’est ce qui se passe si le projet n’est pas retenu ?
YL : C’est le dernier appel d’offre de ce type. Nous en avons déjà raté 3 mais avec des configurations différentes : les candidatures étaient portées dans le cadre de regroupements plus larges (régional et interégional) et visaient une IDEX. Il nous faut donc réussir cette 4ème et dernière possibilité. L’objectif national est de créer une quinzaine de pôles universitaires pouvant rivaliser avec les meilleurs pôles mondiaux. Nous travaillons pour en faire partie et enclencher la mutation du site rennais au-delà de cet appel à projet.

 

Le projet commence déjà à être mis en place.

 

D’ici l’oral, quelles sont les étapes ?
YL : Le dépôt du dossier pour fin novembre, mais aussi la mise en place du projet. L’objectif est de montrer que nous sommes déjà sur les rails. Nous nous projetons déjà dans 4 ans, quand il y aura l’évaluation suivante. Le label devra alors être à nouveau validé. Il faut donc faire en sorte que tout le monde ait envie de continuer à adhérer à ce projet.

Comment se mobiliser pour vous aider ?
RS : Je pense qu’il y a un volet communication, appropriation du dossier qui est important. Il faut d’abord en interne que chacun comprenne bien les enjeux. Puis il faut que cela se diffuse également à l’externe, notamment à destination du monde socio-économique et des collectivités.
 
YL : Nous travaillons effectivement avec les entreprises, de façon à voir en quoi le monde universitaire peut contribuer au développement socio-économique et réciproquement. Nous souhaitons ainsi mieux intégrer les besoins exprimés par le monde socio-économique, notamment en matière de formation. Cela contribuera aussi à une meilleure employablilité des étudiants. Globalement il s’agit de mettre en place une meilleure ouverture de l’université vers la société en générale.
 
Propos recueillis par Anthony Chénais